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Vous avez dit compétences ?

Vous avez dit compétences ?

Les nouvelles directives de l’orientation post bac, via parcoursup, laissent entendre que le lycéen doit savoir choisir son orientation par rapport aux compétences qu’il a pu repérer en lui.
Le sous-entendu : une orientation ne s’en remet pas au hasard des copains, d’une rencontre plus ou moins commerciale dans un forum, d’un ressenti personnel ou de son entourage, pour ne pas dire d’un regard vers le passé des parents plus ou moins conscient.

L’idée est excellente.

Mais comment ?

Une compétence c’est un « savoir agir en situation ».

Dit autrement, nous possédons tous des compétences sans savoir vraiment pourquoi nous les possédons. Parce que nous n’avons pas forcément clairement réfléchit dans notre tête les connaissances fondant cette « expérience », cette compétence.

Comme un enfant de cinq ans peut très bien produire par oral une phrase au futur, sans avoir jamais appris formellement ce temps dans un cours de français. 

Ou, comme une autre personne a le « don » d’apaiser les conflits ou les inquiétudes, sans avoir jamais appris les techniques se rapportant à la gestion de ce type de situations conflictuelles.

Cela renvoie au principe que dans l’enseignement et l’évaluation par compétences, les savoirs ne sont qu’associés. Ils ne sont pas premiers. Ils n’existent qu’en tant qu’ils permettent d’aider une personne à acquérir une compétence à un niveau qu’elle n’a pas encore atteint. 

Comment un lycéen peut-il ainsi juger de ses « savoir agir en situation », lui qui est si peu sollicité dans son envie d’agir ?
Et même comment peuvent le faire son entourage ou ses enseignants ?

Même si au collège de légères avancées existent, la programmation des formations au lycée est pratiquement entièrement fondée sur des savoirs théoriques : des chapitres, des séquences, des problématiques successives. Les programmes sont des empilements continuels de savoirs.

Cette programmation se fait de façon totalement disciplinaire, en tant qu’éléments séparés, ce qui empêche de voir à travers ces disciplines, les véritables compétences acquises. Jacques ARDOINO parlait si intelligemment « d’évaluation en miettes ». Comme si la personne qu’est l’élève existait séparément en EPS, en anglais, en français ou en math … comme une succession d’entités aveugles les unes des autres.

Alors le lycéen devrait savoir définir à partir de ses notes et appréciations juxtaposées, lues sur son bulletin, trimestriel ou semestriel, les compétences qui le fondent et qui peuvent déterminer les lignes de force de son avenir ? 

De qui se moque t’on ?

Mais l’enseignement supérieur vient à son heure, puisque chaque formation a vocation à définir les compétences spécifiques pour aider à choisir en toute connaissance de cause le meilleur parcours post baccalauréat !

Hélas !  Là encore, notre pauvre lycéen va se perdre dans des lectures d’experts, à travers des compétences tellement spécifiques qu’il n’y comprend rien.

Ou alors, on va lui proposer des compétences tellement vastes que plutôt que d’éliminer les formations qui ne conviennent pas, elles le renvoient à des méthodologies tellement générales qu’elles sont, par lui même, inévaluables, et surtout n’éliminent pas les formations.

Prenons-en pour preuves les exemples délivrés par l’éducation nationale (référence : plan étudiant, accompagner chacun vers la réussite (sic !) :

  • STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) : argumenter, construire un raisonnement, synthétiser des informations. Construire un raisonnement à partir de concepts scientifiques.
  • Droit : produire des argumentations structurées, raisonner sur des concepts, capacité d’abstraction, de logique formelle et de déduction.
  • DUT génie électrique et informatique industrielle : élaborer un raisonnement adapté et structuré à partir d’une situation scientifique. Répondre à une problématique.

Ah là, on voit bien la différence !

Sauf qu’en plus, en DUT, il faut : avoir envie d’apprendre, fournir le travail nécessaire à sa réussite et savoir s’intégrer dans les travaux de groupes… ce qui n’est bien sûr absolument pas nécessaire dans les autres formations !!???

Franchement, on se moque des lycéens et des étudiants en leur demandant d’analyser leurs compétences sur la base de données, d’évaluations, qui ne les accompagnent en rien sur cette trajectoire.

De plus l’éducation nationale leur demande ceci alors qu’ils sont encore jeunes. Cet acte de repérage de ses propres compétences reste pourtant encore extrêmement difficile pour des personnes totalement adultes (je mesure continuellement cette difficulté dans mon métier de coach d’orientation)

Où ces jeunes auraient-ils pu avoir acquis cette capacité d’analyse deux mêmes à travers la multitude d’informations que leur renvoient l’institution, leurs enseignants ?

L’orientation par les compétences constitue l’avenir de la formation initiale et continue et, à travers elles, des femmes et des hommes dont toute l’existence professionnelle, mais aussi personnelle est concernée.

Fini de jouer ! 

Il s’agit de ne pas postuler l’évidence d’une orientation individuelle par les compétences.

Il reste pourtant possible d’approcher à travers les parcours scolaires et de vie les compétences potentielles ou développés des jeunes (ou des adultes).

Laissez faire les professionnels de l’apprentissage et de l’orientation et non les « DOCTEURS DIAFOIRUS » de l’éducation nationale.

Lire des bulletins, des notes, des parcours de vie et d’apprentissage, c’est une compétence …

Et au bout du compte, la note sur vingt est une note sur vie…

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